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[Rédaction du Lab] La noisette du Lot-et-Garonne à l’heure des défis

Publiée le 6 mars 2026

Cultivée depuis cinquante ans dans le Lot-et-Garonne, la noisette fait face à un tournant. Alors que la demande explose, son développement est freiné par le dérèglement climatique et une filière qui peine à se structurer. Nous sommes allés à la rencontre de Mathieu Martinet, producteur et transformateur de noisettes installé à Castillonnès, et qui croit dur comme fer au futur de la noisette dans la région.


AANA : Bonjour Mathieu Martinet, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer comment vous en êtes venu à cultiver de la noisette ?

Mathieu Martinet :Bonjour. J’ai 35 ans. Je suis producteur de noisettes depuis 2019. Avant ça, j’ai travaillé dans l’aéronautique pendant cinq ans, puis j’ai rejoint mes parents dans leur exploitation agricole du Lot-et-Garonne. Producteurs et transformateurs de canard gras, ils ont voulu diversifier leur exploitation à la toute fin des années 2000 en plantant de la noisette. Ils ont rejoint la coopérative Unicoque en 2010 avec leurs 25 hectares de noisetiers tout juste plantés de quatre variétés : la fertile de coutard, la pauetet, la segorbe et la corabel. En 2019, le contrat se terminait, je me suis installé, et j’ai décidé de ne pas renouveler le contrat avec la coopérative. Non pas que je contestais son fonctionnement ou ses prix, mais parce que je voulais transformer mon produit, en être maître jusqu’au bout.

AANA : Pouvez-vous nous expliquer la spécificité de votre entreprise, la Maison Martinet ?

Mathieu Martinet :Ma famille est productrice de canard gras, et nous gérons du poussin jusqu’à la mise en conserve et la vente. Donc cela avait du sens pour moi d’être producteur et transformateur. J’ai donc monté une seconde structure qui s’appelle la Maison Martinet, qui propose de la noisette décortiquée et des produits dérivés 100% à base de noisettes : noisettes décortiquées crues, torréfiées, en grain, en poudre, en huile, en pâte et en farine. Nous sommes très vite allés chercher un positionnement très haut de gamme, car les gens auxquels je faisais face ne connaissait que la noisette du Piémont, réputée la meilleure du monde, alors que nous aussi en France, nous avons des variétés très qualitatives. Nous avons développé une machine qui permet une excellente qualité de cassage, unique, très recherchée.

AANA : Comment la noisette est-elle devenue une culture importante du Lot-et-Garonne ?

Mathieu Martinet : Il y a 50% des noisettes françaises qui sont produites dans le Lot-et-Garonne, 40% dans le Tarn-et-Garonne, et le reste provient d’un peu partout. La présence de la noisette dans la région s’explique historiquement lorsque des arboriculteurs du coin ont recherché des solutions pour endiguer la crise que connaissait le pruneau dans les années 1970. Ils ont donc planté des noisetiers. Avec leur savoir-faire arboricole, ils ont réussi leur coup en obtenant des rendements supérieurs aux Italiens. Il faut dire que nous avons un climat proche de celui du Piémont, le terroir roi de la noisette.

AANA : Quelles sont les difficultés que connaissent les producteurs de noisette aujourd’hui ?

Mathieu Martinet :Dans les années 2010, la noisette avait vraiment le vent en poupe dans le Lot-et-Garonne. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse. De ce que je sais, seulement 19 hectares ont été plantés cette année dont 16 chez moi. Je suis l’un des rares à y croire encore. Le prix de revient a augmenté, les frais également, cela fait cinq années où nous n’avons pas eu de récolte extraordinaire, je peux comprendre que certains producteurs baissent un peu les bras. Paradoxalement, la demande n’a jamais été aussi grande, le marché est porteur, mais il faut bien cibler sa clientèle. On ne peut pas s’aligner avec les prix turcs pour fournir l’industrie, ce ne sont pas du tout les mêmes conditions de production.”

AANA : La météo a été particulièrement capricieuse…

Mathieu Martinet : Si on met de côté l’année 2023 qui était une année normale, en 2021 et en 2022 il a gelé au mois d’avril ce qui nous a fait quasiment perdre ⅔ de la production ; et le printemps 2024 a été excessivement pluvieux. Les fruits ont été fortement piqués par les punaises, beaucoup ont pourri à cause des champignons. Ce qu’il se passe cette année – c’était la même chose l’année dernière -, c’est qu’il pleut énormément à un moment où le noisetier pollinise. L’eau lave le pollen et l’empêche de se diffuser correctement. Nous allons prendre une claque cette année à cause de l’eau, et les rendements vont être encore très affectés, je le crains.”

AANA : Existe-t-il des projets de labellisation concernant la noisette du Lot-et-Garonne ?

Mathieu Martinet : Aujourd’hui non. Il y a deux associations de producteurs, l’Association des Producteurs Indépendants de Noisettes Françaises, dont je suis membre, et celle créée par Unicoque, l’Association Nationale des Producteurs de Noisette. À mon grand regret, elles ne communiquent pas ensemble. Pour créer un label, il faudrait que tout le monde s’assoie autour de la table pour travailler sur un projet d’IGP par exemple, mais je déplore que ce ne soit pas le cas aujourd’hui.

AANA : Quels sont les débouchés pour la noisette du Lot-et-Garonne ?

Mathieu Martinet :Nous devons viser le haut-de-gamme, l’artisanat, plutôt que l’industrie. Il y a une demande très forte des pâtissiers, des chocolatiers, des confiseurs en noisette française. Fournissons-les !

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