[Rédaction du Lab] Le rude été des volailles landaises
Dossier canicule été 2026
Quel a été l’impact des multiples canicules et de la sécheresse sur l’élevage des volailles dans les Landes ? Matthieu Labarthe, éleveur de volailles sous SIQO, a répondu aux questions de l’AANA.
AANA : Bonjour Matthieu, pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre exploitation ?
Matthieu Labarthe : « Je suis agriculteur à Bégaar, au milieu des Landes, entre Dax et Mont-de-Marsan, dans une exploitation où nous sommes trois associés en polyculture et en élevage de volailles sous SIQO, Label Rouge et IGP Landes. Nous élevons du poulet des Landes en petites cabanes, de la pintade et du chapon. Ces petites cabanes mobiles sont spécifiques aux Landes. Nous les déplaçons de parcours en parcours tout au long de l’année. Nos animaux vont dehors pendant un mois et demi et doivent s’acclimater aux conditions extérieures, qu’il fasse très chaud ou très froid. »
AANA : Quelles furent les conséquences des épisodes de très fortes chaleurs de cet été sur votre exploitation et plus globalement sur l’élevage de volaille dans les Landes ?
Matthieu Labarthe : « La chaleur a un impact indéniable sur les animaux. À partir de 35 °C, ils vont arrêter de manger, et à partir de 42 °C, il y a un risque de mortalité. Dans les Landes, les températures au-dessus de 40 °C, on les a depuis 2022. Progressivement, on a su apprendre et s’adapter ; et cet été, malgré les récurrentes chaleurs extrêmes, nous avons eu très, très peu de pertes. Par contre, les animaux n’avaient pas faim, donc nous allons avoir des volailles plus petites, qui ne peuvent donc pas être classées comme Label Rouge. Pour les éleveurs, cette perte de poids et de qualité correspond à une perte d’argent. Il faut savoir que nous avons passé trois mois sous plus de 35 °C, cela nous a rajouté énormément de travail pour surveiller et sauver nos animaux. Il y a aussi les conséquences de la canicule sur les rendements des céréales avec lesquelles nous nourrissons notre bétail ? comme le maïs. Sur les terres irriguées, les rendements sont corrects, mais sur les espaces non-irrigués, la récolte est catastrophique, divisée par quatre ou cinq. Cela va bien sûr impacter toute notre année. Comment allons-nous nourrir nos volailles ? Allons-nous devoir acheter, importer les maïs ? La question se pose franchement. »
AANA : Comment s’adapter face à ces conditions extrêmes qui deviennent la norme ?
Matthieu Labarthe : « Nous avons des parcours de plus en plus arborés, car nous avons beaucoup planté d’arbres depuis quatre ou cinq ans pour essayer d’amener de l’ombre et de rafraîchir les parcours. Nous avons mis en place des ventilateurs dans nos structures, de la brumisation. Après, au quotidien, c’est beaucoup de travail : il faut aller vider les réseaux d’eau pour que les animaux aient de l’eau fraîche sous 40 °C. C’est épuisant. De constater qu’on n’a pas, ou très peu, d’animaux morts, on se dit qu’on a bien bossé et qu’on a fait notre métier d’éleveur. Mais il y a le sentiment amer d’avoir beaucoup plus travaillé pour moins de résultat. Nous faisons des volailles de très grande qualité, mais de telles températures perturbent considérablement notre activité et la qualité de nos produits. Il y a encore quelques petites adaptations à faire, mais on va arriver à un moment à une limite. On ne pourra pas faire plus. J’ai la chance de vivre dans un lieu hyper propice pour l’élevage de volailles, mais je suis inquiet pour l’avenir. »
AANA : Allez-vous percevoir des aides publiques mises en place par le gouvernement pour aider les agriculteurs à la suite de la sécheresse1 ?
« La profession va bien sûr être intégrée à la réflexion sur la répartition de l’enveloppe, mais sachant que nous n’avons pas spécialement eu de mortalité sur notre exploitation, je ne pense pas pouvoir bénéficier d’aides qui sont de toute façon trop faibles au regard des pertes subies par toute l’agriculture française. Elles s’élèvent à un milliard d’euros pour toute la France, alors que les pertes, rien que sur le département des Landes, se chiffrent à plus d’un milliard d’euros
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