[Rédaction du Lab] Les vins de Bergerac-Duras face à la sécheresse estivale
Dossier canicule été 2026
Après deux dernières années très humides, les vignobles de Bergerac et de Duras ont fait face à un été sec et caniculaire. Quel en a été l’impact sur les rendements et la qualité des vins ? Nous sommes allés poser la question à Laurence Rival, viticultrice à Singleyrac, qui cultive 16 hectares de vignes en chai indépendant. Elle préside la Fédération des vins de Bergerac et de Duras, qui regroupe 600 producteurs sous AOP et IGP.
AANA : Rien de mieux pour commencer cet entretien que de vous demander ce que donnera le millésime 2026, à la fois en termes de quantité et de qualité, dans les vignobles de Bergerac et de Duras ?
Laurence Rival : « Concernant les rendements, nous sommes satisfaits sur les blancs, car nous faisons plus que l’année dernière, et qu’il s’agit quand même de la moitié des vins que nous produisons. Pour les rouges, nous allons connaître 40 à 50 % de pertes, malheureusement. Il est encore difficile d’estimer la qualité de ces derniers. Par contre, je peux d’ores et déjà vous dire que les blancs secs, moelleux et rosés seront très jolis : aromatiques, frais et légers. Nous sommes heureux, car la saison a été très compliquée et les résultats sont très satisfaisants. »
AANA : Une bonne surprise, vu les conditions climatiques extrêmes de cet été.
Laurence Rival : « Oui, nous sommes tous très étonnés ici aussi. Ce qui a pu nous aider, c’est que nous avons eu beaucoup d’eau jusqu’en avril, et l’on a constaté que beaucoup de grappes sortaient, ce qui était un bon présage. Par contre, il a fallu ramasser très tôt : nous avons commencé les vendanges le 12 août. Le mois d’août a été très chaud, mais on avait déjà commencé à ramasser à cause des mois de juin et de juillet, qui furent brûlants également. C’est aussi pour cette raison que les rendements des cépages rouges étaient moindres, car il a fallu attendre qu’ils mûrissent et ils ont énormément souffert des canicules aoûtiennes. Comme il faut ramasser les blancs plus tôt pour garder plus d’acidité, ils ont été davantage épargnés. Actuellement, les blancs et les rosés se vendant mieux que les rouges, c’est plutôt une bonne nouvelle pour le vignoble. »
AANA : Les terroirs de Bergerac et de Duras sont-ils plus enclins à résister aux effets du changement climatique ?
Laurence Rival : « Clairement, non. On voit que la vigne souffre. Toutes celles qui ont moins de 10 ans et qui n’ont pas encore installé leur système racinaire n’ont pas eu du tout de bons rendements. On a même vu des ceps mourir. Ce sont les vignes installées depuis quelques décennies qui ont pu résister un peu mieux face aux canicules. »
AANA : Quels sont les moyens mis en œuvre par ces deux vignobles pour s’adapter au mieux à ce changement climatique ?
Laurence Rival : « Notre fédération, aidée de la chambre d’agriculture de Dordogne, travaille déjà à essayer de nouveaux cépages depuis plusieurs années, mais il n’y a rien eu de concluant pour le moment. Mais on continue à plancher sur le sujet. Il y a beaucoup de vignerons qui plantent, mais c’est très long. La vigne est une plante pérenne et l’on manque de temps, car le réchauffement du climat arrive plus tôt que prévu. À côté, nous travaillons sur l’irrigation, qui est une solution pour éviter que les pieds meurent. Jusqu’à maintenant, les cahiers des charges nous autorisaient à arroser en IGP, et pas en AOP. Mais nous avons conclu avec l’INAO que les vignerons de Bergerac pourront irriguer leurs vignes en 2027, à condition d’avoir de l’eau chez eux. Après, s’il fait 45 °C chaque été, la vigne ne tiendra pas et l’irrigation ne suffira pas. »
Quid du Monbazillac ? La réponse de Sylvie Alem, viticultrice.
« Selon les parcelles, nous n’avons pas eu les mêmes rendements, mais c’est dans l’ensemble satisfaisant, surtout d’un point de vue qualitatif, avec des raisins gorgés de sucre. Cela sera un millésime un peu particulier, car nous n’avons pas eu de botrytis. Ce ne sera donc pas un millésime de garde, mais un millésime qu’il faudra boire rapidement. Nos vins auront davantage un goût d’abricot que d’orange confite, caractéristique du botrytis. Je pense que les vignerons de Monbazillac auront la banane, car la récolte a été bonne par rapport aux années précédentes. On sera certainement au-dessus des 60 000 hectolitres, et c’est donc une bonne année. »
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