[Rédaction du Lab] La noisette du Lot-et-Garonne à l’heure des défis

Cultivée depuis cinquante ans dans le Lot-et-Garonne, la noisette fait face à un tournant. Alors que la demande explose, son développement est freiné par le dérèglement climatique et une filière qui peine à se structurer. Nous sommes allés à la rencontre de Mathieu Martinet, producteur et transformateur de noisettes installé à Castillonnès, et qui croit dur comme fer au futur de la noisette dans la région.


AANA : Bonjour Mathieu Martinet, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer comment vous en êtes venu à cultiver de la noisette ?

Mathieu Martinet :Bonjour. J’ai 35 ans. Je suis producteur de noisettes depuis 2019. Avant ça, j’ai travaillé dans l’aéronautique pendant cinq ans, puis j’ai rejoint mes parents dans leur exploitation agricole du Lot-et-Garonne. Producteurs et transformateurs de canard gras, ils ont voulu diversifier leur exploitation à la toute fin des années 2000 en plantant de la noisette. Ils ont rejoint la coopérative Unicoque en 2010 avec leurs 25 hectares de noisetiers tout juste plantés de quatre variétés : la fertile de coutard, la pauetet, la segorbe et la corabel. En 2019, le contrat se terminait, je me suis installé, et j’ai décidé de ne pas renouveler le contrat avec la coopérative. Non pas que je contestais son fonctionnement ou ses prix, mais parce que je voulais transformer mon produit, en être maître jusqu’au bout.

AANA : Pouvez-vous nous expliquer la spécificité de votre entreprise, la Maison Martinet ?

Mathieu Martinet :Ma famille est productrice de canard gras, et nous gérons du poussin jusqu’à la mise en conserve et la vente. Donc cela avait du sens pour moi d’être producteur et transformateur. J’ai donc monté une seconde structure qui s’appelle la Maison Martinet, qui propose de la noisette décortiquée et des produits dérivés 100% à base de noisettes : noisettes décortiquées crues, torréfiées, en grain, en poudre, en huile, en pâte et en farine. Nous sommes très vite allés chercher un positionnement très haut de gamme, car les gens auxquels je faisais face ne connaissait que la noisette du Piémont, réputée la meilleure du monde, alors que nous aussi en France, nous avons des variétés très qualitatives. Nous avons développé une machine qui permet une excellente qualité de cassage, unique, très recherchée.

AANA : Comment la noisette est-elle devenue une culture importante du Lot-et-Garonne ?

Mathieu Martinet : Il y a 50% des noisettes françaises qui sont produites dans le Lot-et-Garonne, 40% dans le Tarn-et-Garonne, et le reste provient d’un peu partout. La présence de la noisette dans la région s’explique historiquement lorsque des arboriculteurs du coin ont recherché des solutions pour endiguer la crise que connaissait le pruneau dans les années 1970. Ils ont donc planté des noisetiers. Avec leur savoir-faire arboricole, ils ont réussi leur coup en obtenant des rendements supérieurs aux Italiens. Il faut dire que nous avons un climat proche de celui du Piémont, le terroir roi de la noisette.

AANA : Quelles sont les difficultés que connaissent les producteurs de noisette aujourd’hui ?

Mathieu Martinet :Dans les années 2010, la noisette avait vraiment le vent en poupe dans le Lot-et-Garonne. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse. De ce que je sais, seulement 19 hectares ont été plantés cette année dont 16 chez moi. Je suis l’un des rares à y croire encore. Le prix de revient a augmenté, les frais également, cela fait cinq années où nous n’avons pas eu de récolte extraordinaire, je peux comprendre que certains producteurs baissent un peu les bras. Paradoxalement, la demande n’a jamais été aussi grande, le marché est porteur, mais il faut bien cibler sa clientèle. On ne peut pas s’aligner avec les prix turcs pour fournir l’industrie, ce ne sont pas du tout les mêmes conditions de production.”

AANA : La météo a été particulièrement capricieuse…

Mathieu Martinet : Si on met de côté l’année 2023 qui était une année normale, en 2021 et en 2022 il a gelé au mois d’avril ce qui nous a fait quasiment perdre ⅔ de la production ; et le printemps 2024 a été excessivement pluvieux. Les fruits ont été fortement piqués par les punaises, beaucoup ont pourri à cause des champignons. Ce qu’il se passe cette année – c’était la même chose l’année dernière -, c’est qu’il pleut énormément à un moment où le noisetier pollinise. L’eau lave le pollen et l’empêche de se diffuser correctement. Nous allons prendre une claque cette année à cause de l’eau, et les rendements vont être encore très affectés, je le crains.”

AANA : Existe-t-il des projets de labellisation concernant la noisette du Lot-et-Garonne ?

Mathieu Martinet : Aujourd’hui non. Il y a deux associations de producteurs, l’Association des Producteurs Indépendants de Noisettes Françaises, dont je suis membre, et celle créée par Unicoque, l’Association Nationale des Producteurs de Noisette. À mon grand regret, elles ne communiquent pas ensemble. Pour créer un label, il faudrait que tout le monde s’assoie autour de la table pour travailler sur un projet d’IGP par exemple, mais je déplore que ce ne soit pas le cas aujourd’hui.

AANA : Quels sont les débouchés pour la noisette du Lot-et-Garonne ?

Mathieu Martinet :Nous devons viser le haut-de-gamme, l’artisanat, plutôt que l’industrie. Il y a une demande très forte des pâtissiers, des chocolatiers, des confiseurs en noisette française. Fournissons-les !

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Appel à projet : Promotion des filières agricoles de qualité

Publics concernés : Association , Entreprise , Agriculteur

Domaines secondaires : Agroalimentaire , Agriculture , Filières

Fin de dépôt de dossiers : 1 juin 2026

La Région Nouvelle-Aquitaine est la première région française en nombre de produits sous Signes de l’Identification de la Qualité et de l’Origine (SIQO) avec plus de 300 produits qui participent largement à la richesse et à la renommée de la Nouvelle-Aquitaine. Afin d’accompagner les filières, la Région Nouvelle-Aquitaine propose deux dispositifs concernant des actions de communication des filières agricoles et d’élaboration de stratégie qualité des filières agricoles.

Montant

  • Action de communication : de 5 000 € à 50 000 € de dépenses éligibles (actions de communication, publications, organisation/participation à des opérations) ;
  • Élaboration d’une stratégie qualité  : de 3 000 € à 20 000 € de dépenses éligibles (études, cahiers des charges, analyses, expertises,  pour la reconnaissance des démarches qualité, et leurs aspects juridiques).

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13,5 milliards d’euros de revenus annuels : la Région veut renforcer son statut de 1ère région agricole de France

L’agriculture française sous pression : pourquoi la Nouvelle-Aquitaine devient le laboratoire stratégique du pays.

C’est un fait l’agriculture française reste parmi les plus puissantes d’Europe et un acteur de poids dans le monde mais elle fait face à une érosion lente depuis quelques années (la France n’est plus que le sixième exportateur européen en 2025, derrière les Pays-Bas, la Pologne ou encore l’Espagne, alors qu’elle occupait la deuxième place au début des années 2000).

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Aide à la promotion des produits agricoles sur le marché intérieur et dans les pays tiers

Date de publication : 23/01/2026

Disponible du 22/01/2026 au 23/04/2026

Le programme

Le programme européen de promotion vient en aide au secteur agro-alimentaire européen pour financer des campagnes d’information et de promotion.

Basé sur une stratégie définie au niveau européen, sous le slogan «Enjoy, it’s from Europe », le programme doit aider les professionnels du secteur à se lancer sur les marchés internationaux et faire prendre conscience aux consommateurs des efforts réalisés par les agriculteurs européens pour offrir des produits de qualité.

En cas de programme mettant en avant des vins de l’Union, il convient que le programme en question couvre un autre produit agricole ou alimentaire.
De même pour les produits de la pêche et de l’aquaculture, l’éligibilité aux actions d’information et de promotion dans le cadre du présent régime est réservée au seul cas où ces produits sont associés à un autre produit agricole ou alimentaire.

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Chaleur, gel, grêle : l’agriculture à l’épreuve du changement climatique

Stress hydrique, épisodes de gel tardifs, sécheresses ou excès d’eau… Pour les agriculteurs, le changement climatique est une réalité quotidienne. Face à ces bouleversements, des démarches collectives émergent pour aider les exploitations à s’adapter. En Occitanie, la coopérative Vinovalie fait partie des pionniers suivis par l’ADEME, dans le cadre du dispositif Accompagnement des agriculteurs face au changement climatique, conçu en étroite collaboration avec le ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire et structuré autour de trois volets complémentaires : adaptation, atténuation et santé des sols.







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Panorama statistique des fruits, légumes et pommes de terre transformés

Données issues du consortium d’expertise économique constitué de 11 organisations professionnelles ou interprofessionnelles représentative de leur filière et coordonné par l’ANIFELT pour FranceAgriMer. 

L’objectif de cette publication est de regrouper l’ensemble des principales données statistiques, de la production agricole aux différents marchés de commercialisation, des filières des fruits et légumes transformés. En plus des analyses des données du commerce extérieur et de consommation, la grande majorité des données de production agricole et des données industrielles proviennent directement des organisations professionnelles.

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Salon de l’agriculture 2026 : quand l’innovation remplace les bovins

L’édition 2026 du Salon international de l’agriculture, prévue du 21 février au 1er mars à Paris, se tiendra dans un format inédit : aucun bovin vivant ne sera présent. En cause, un contexte sanitaire défavorable lié à une maladie bovine, qui a conduit les éleveurs à renoncer à déplacer leurs animaux.

Face à cette absence symbolique, les organisateurs ont choisi de réinventer l’expérience de visite. L’objectif : continuer à transmettre les réalités du monde agricole tout en conservant l’attractivité du salon, notamment auprès du grand public et des familles.

Parmi les dispositifs imaginés :

  • des représentations pédagogiques de vaches, sous forme de modèles en plastique ou de projections holographiques, pour expliquer les gestes de l’élevage et de la traite ;
  • des animations immersives, comme des escape games ou des jeux de rôle, pour découvrir les métiers agricoles de manière ludique ;
  • une place renforcée accordée aux produits et aux territoires, à travers les dégustations et la valorisation des savoir-faire régionaux.

Les autres filières animales restent quant à elles bien présentes, avec notamment des ovins, des caprins, des porcins et des équins, assurant la continuité du lien entre le salon et le vivant.

Même l’iconographie de l’événement évolue : l’affiche officielle, traditionnellement incarnée par une vache, sera repensée pour refléter cette édition exceptionnelle. Une transformation contrainte, mais assumée, qui illustre la capacité du Salon de l’agriculture à s’adapter aux enjeux contemporains.

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Pour le kiwi de l’Adour, l’avenir est vert

Bénéficiant d’une IGP et d’un label rouge, le kiwi de l’Adour permet à la Nouvelle Aquitaine d’être la première région productrice de kiwis. Avec une consommation en hausse, le kiwi est une plante d’avenir pour les agriculteurs de la région selon Laurent Betbeder, producteur installé depuis 2010 à Josse, dans les Landes, au bord de l’Adour. Nous sommes allés à sa rencontre.

AANA : Bonjour Monsieur Betbeder. Depuis quand produisez-vous du kiwi sur votre exploitation ?

Laurent Betbeder : “C’est d’abord mon père qui a commencé à planter du kiwi en 1987 sur l’exploitation familiale. Il en a cultivé jusqu’à sa retraite, puis j’ai pris le relais en 2010 en mettant en place deux autres vergers de kiwi. Aujourd’hui, nous avons 2,5 hectares de kiwis plantés.”

AANA : Comment votre père en est-il venu à planter du kiwi dans les Landes ?

L.B. : “Dans les années 1980, il y avait une recherche de diversification, et le kiwi était au début de son expansion locale. C’était un produit nouveau, qui nécessitait peu d’interventions au niveau phytosanitaire. L’engouement fut tel que nous nous sommes retrouvés dans une situation de surproduction dans les années 1990 : les prix ont chuté, et c’est à ce moment-là qu’un petit groupe de producteurs s’est réuni en se disant qu’il fallait se distinguer de la concurrence. Ils ont mis en place un cahier des charges pour créer un sigle de Label rouge, puis une IGP pour le kiwi de l’Adour. C’est l’un des rares fruits distingués par un Label rouge.”

AANA : Quels sont les facteurs climatiques qui permettent la culture du kiwi ?

L.B. : “Il y a eu des pionniers dans les années 1960 qui avaient testé la culture du kiwi dans la région pour voir si l’arbre s’adaptait à notre climat. Nous avons des conditions climatiques tempérées et humides, avec des hivers qui ne sont pas trop froids mais suffisamment pour permettre une mise à fleur l’année suivante, ainsi que des étés qui — jusque-là — n’étaient pas trop chauds. Ces hivers doux nous permettent notamment de récolter tardivement des fruits avec un taux de sucre plus élevé.”

AANA : Quelles sont les spécificités gustatives du kiwi de l’Adour ?

L.B. : “Le cahier des charges exige qu’il soit récolté avec un taux de sucre élevé, plus élevé qu’un kiwi standard : 6,7° Brix pour un kiwi de l’Adour Label rouge, contre 6,2° Brix pour un kiwi standard. Ce n’est que 0,5° de plus, mais pour les atteindre, il faut attendre que l’amplitude thermique soit plus importante entre le jour et la nuit afin que le sucre se transforme dans le fruit. Après maturation en chambre froide, on obtient un kiwi qui est bon comme un bonbon acidulé.”

AANA : Quel est l’intérêt économique de la culture du kiwi ?

L.B. : “C’est un produit qui se porte bien sur le marché français, notamment grâce à sa valorisation en label rouge. C’est également un fruit unanimement reconnu pour ses bienfaits sur la santé. Nous avons plus de demande que de produits disponibles aujourd’hui. C’est un fruit qui demande une croissance de la production, et c’est une culture qui a sa place dans l’avenir de nos exploitations. La rémunération issue de la culture du kiwi est plus que correcte, mais cela demande son temps de travail et de suivi.”

AANA : La culture du kiwi dans la région est-elle menacée par le réchauffement climatique ?

L.B. : “Cela fait 4,5 ans que nous vivons activement le réchauffement climatique. L’effet majeur que l’on ressent c’est la quantité d’eau que l’on reçoit du ciel, et des sols qui saturent. Nous avons eu des problèmes avec des dépérissements racinaires, mais des solutions apparaissent avec l’usage de porte-greffes ou d’autres variétés qui s’adaptent mieux à des sols très humides.”

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